Introduction
Dans la 1ère
partie traitant des
conséquences de l’enherbement sur le sol, il était indiqué
qu’il ne faut pas perdre de vue que la présence d’un couvert
végétal constitue une deuxième culture sur un même sol, avec
toutes les conséquences potentielles en terme nutritif.
2ème
partie : CONSÉQUENCES DE L’ENHERBEMENT SUR LE CEP
Si à l’origine de la
viticulture le cep était composé d’une seule unité végétale
(franc de pied), l’apparition du phylloxéra au début du siècle a
conduit les viticulteurs à utiliser des plants greffés pour
lesquels le porte-greffe (environ 30) constitue les racines
qui sont localisées plus ou moins profondément en fonction
des types choisis, la variété (environ 8000) constituant les
parties aériennes.
Après quelques années
d’enherbement, la localisation des racines de la vigne
devient plus profonde. Si le pourcentage de racines augmente
dans l’horizon 30-120 cm, il diminue en revanche très fortement
en surface. Or, nous avions vu dans le premier article que l’une
des incidences de l’enherbement était la remontée de la
fertilité dans l’horizon de surface.

Figure 1 : Localisation des racines dans l’horizon
(Vignoble d’Anjou - Morlat)
Ainsi, c’est dans l’horizon
le plus fertile que la proportion de racines des vignes
enherbées sera la plus faible. Cet effet sera atténué avec des
porte-greffes traçants dont les racines sont majoritairement
localisées en surface (SO4, 3309C), et sera accentué avec les
porte-greffes plongeants (R110, 1103 Paulsen) pour lesquels
l’enracinement descend régulièrement jusqu’à plus d’un mètre.
En plus de cet effet de
localisation, la présence de l’herbe
concurrence la vigne en
terme d’assimilation (deux cultures sur un même sol), car la
ressource disponible en éléments minéraux devra être
« partagée ». Même si le sol peut stocker plus d’éléments
minéraux, résultant de l’augmentation de la capacité d’échanges
en cations (du fait de la présence d’un couvert végétal
permettant une augmentation du taux de matière organique), le
bilan final reste négatif. Moins d’éléments disponibles pour la
nutrition de la vigne et localisés dans un horizon moins
accessible aux racines sont les deux facteurs qui agissent in
fine sur la vigueur de la partie aérienne. Si tous les éléments
minéraux sont soumis à cette loi à des degrés divers, c’est
l’assimilation de l’azote qui est certainement la plus
pénalisée.
Pour caractériser la vigueur
de la vigne, il existe plusieurs indicateurs de développement.
La concurrence pour l’eau et
les éléments minéraux se concrétise d’abord sur le
développement végétatif. L’évolution de ce paramètre peut
être abordée au travers de la production des bois de taille. Le
schéma 2 indique que le développement se réduit fortement au
cours des premières années, puis se stabilise, avant de remonter
légèrement une fois le système sol / herbe / vigne stabilisé.
Dans l’exemple du vignoble
d’Anjou (mise en place de l’enherbement en 1977), la diminution
de vigueur exprimée par le poids des bois de taille atteint 40 %
la septième année, avant de remonter pour se stabiliser après
treize ans. Dans d’autres cas, cette influence est plus fugace.

Figure 2 : Evolution annuelle du poids des bois de taille
(Vignoble d’Anjou - Morlat)
Corrélativement, la surface
foliaire diminue dans les mêmes proportions, mais c’est
principalement les feuilles secondaires (entrecoeurs) qui sont
affectées.
Un autre domaine sur lequel
la concurrence de l’herbe se fait ressentir, c’est
l’assimilation des éléments minéraux mesurée au travers de
l’analyse végétale (diagnostic foliaire ou pétiolaire). De
nombreux auteurs ont mis en évidence des effets contradictoires
(quelque fois plus d’assimilation et d’autres fois moins). Cette
variabilité est liée au fait que les porte-greffes n’étant pas
identiques d’une situation à l’autre, l’exploitation de
l’horizon nouvellement enrichi par l’effet de l’enherbement est
différente. De la même manière, les porte-greffes n’assimilent
pas tous les éléments de façon identique. Certains assimilent
bien le magnésium (41B) et d’autres beaucoup moins bien (Fercal,
SO4). Il existe néanmoins un élément pour lequel la présence
d’enherbement s’avère toujours préjudiciable en terme
d’assimilation : L’azote.

Figure 3 : Teneurs en azote et proportion d’azote dans
l’équilibre NPK en indice (Désherbé = 100) (Bordeaux -Soyer et
all- 1985 ; Anjou-Morlat –1993)
Ainsi, du fait d’un
développement végétatif plus limité et d’une assimilation plus
faible, la mobilisation en azote par la vigne est d’autant plus
réduite.
Enfin, c’est le rendement
qui exprime finalement le mieux, la conjugaison des différents
effets. En limitant la mise à disposition des ressources du sol
(eau et éléments minéraux), l’enherbement limite la production
et c’est la raison principale de sa large utilisation.
Si le nombre de grappes par
souche est généralement peu affecté (mais variable selon les
régions), c’est en revanche le poids des grappes qui explique
l’essentiel de la baisse de production.

Figure 4 : Rendement et composantes du rendement en indice
(Désherbé = 100)
(Anjou – Carré)
Cette diminution de
production s’accompagne d’une modification des caractéristiques
des moûts et des vins qui sera détaillée dans un prochain
article.
D’autres effets de
l’enherbement ont été constatés, mais trois semblent revenir
plus fréquemment :
-
Diminution significative du développement de botrytis
(Champagne, Alsace)
-
Diminution de l’intensité de la chlorose ferrique sur sols
très calcaires (Alsace)
-
Augmentation du risque de gel printanier, particulièrement
lorsque le couvert végétal est mal entretenu et trop
développé (Champagne).
Ainsi, l’enherbement limite
l’assimilation de l’azote et sa mobilisation dans les parties
aériennes, et réduit la vigueur des ceps. Finalement, la
production baisse et la qualité évolue. Si le but essentiel de
cette technique réside bien dans la maîtrise des rendements, il
ne faut pas oublier que la vigne a besoin de nutriments et donc
que la présence d’un couvert végétal sur le sol doit aussi faire
évoluer les pratiques de fertilisation, afin d’assurer la
pérennité de la vigne, … et de l’enherbement.
Bientôt le 3ème article :
Conséquences de l'enherbement
sur le vin
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