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Introduction
Depuis 1960, beaucoup de travaux sur l’enherbement du vignoble
ont été entrepris, donnant lieu à de nombreux articles dans la
presse spécialisée. La série d’articles que nous vous proposons
ne relate pas d’une expérimentation en particulier, mais se veut
une synthèse des travaux déjà entrepris dans les vignobles
européens. Son but n’est pas de donner un conseil en matière
d’enherbement, mais explique les conséquences agronomiques de
cette pratique sur le sol, la vigne et le vin. Maîtrisant les
tenants et les aboutissants de cette technique, libre à chacun
de prendre les décisions qui s’imposent en matière d’entretien
des sols de son vignoble.
1ère
partie : Conséquences de l’enherbement sur le sol
Le concept bien français du
terme « terroir », est lié à une notion de « fertilité » qui
reste difficilement définissable. Cette fertilité n’a pas
forcément de lien avec une notion productiviste mais il faut
plutôt y voir une explication au travers des composantes
physique, chimique et biologique du sol, d’un ensemble de
propriétés qui permet l’expression des caractéristiques du sol.
La composante physique
de la fertilité d’un sol fait appel à la notion de structure,
d’agrégats, de porosité et de statut hydrique. Ces quatre
paramètres sont étroitement corrélés. C’est parce que le sol a
la possibilité de s’agréger qu’il génère de la porosité. Cette
porosité permet à son tour à l’eau de pluie et à l’air de
pénétrer dans le sol et d’y être stockés, entraînant une
diminution du ravinement superficiel, une augmentation de la
réserve utile, et une facilitation de l’activité microbienne.
Ainsi, si l’enherbement peut constituer une concurrence en terme
hydrique pour la vigne les premières années d’installation,
l’augmentation de la réserve utile du sol en eau compense en
grande partie cette déperdition, pour peu que la saison estivale
ne soit pas totalement sèche.

Forte porosité : eau
et air non limitant - Faible porosité : eau et air
limitant
Figure 1 : Porosité du sol
Un agrégat est un ensemble
d’éléments (limons et sables) reliés entre eux par le complexe
argilo-humique à l’état floculé par le calcium. Un taux de
matière organique et un pH corrects sont donc les éléments
incontournables de la formation des agrégats et donc d’une bonne
stabilité structurale. Du fait de son développement radiculaire
très dense, l’enherbement a un effet direct sur le
fractionnement du sol dans les horizons de surface et en
profondeur (une racine d’herbe peut descendre jusqu’à plus de 2
m), et en permettant l’augmentation du taux de matière organique
des horizons supérieurs, il a aussi un rôle indirect sur la
stabilité des agrégats (lié à la forte production d’exudats
racinaires). Ainsi, un sol enherbé est moins sujet au tassement
provoqué par les passages répétés d’engins (15 par an en
moyenne, traitements, rognage, broyage, récolte,...), résiste
mieux au ravinement, et stocke de plus grandes quantités d’eau.
Tableau 1 : Propriétés physiques de l’horizon de surface (0-10
cm) – (Vignoble d’Anjou - Morlat)
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Sol nu |
Sol enherbé |
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Matière organique |
19.2 ‰ |
28.6 ‰ |
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Densité apparente |
1.68 g/cm² |
1.52 g/cm² |
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Résistance à la
pénétration |
26.2 kg/m² |
17.3 kg/m² |
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Capacité de
rétention en eau |
21.4 % |
23.8 % |
L’amélioration de la
structure du sol et l’augmentation de la capacité de rétention
en eau du sol induit une diminution du drainage superficiel et
gravitaire. Ainsi, les écoulements hors parcelles sont plus
réduits et le risque de pollution de la nappe phréatique
fortement atténué.
Tableau 2 : Effet de l’engazonnement sur le lessivage des
nitrates (INRA Chalon – Ballif)
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Chalon en Champagne
Pluviométrie de 690 mm/an |
Sol nu |
Vigne désherbée
(+ 30 kg/ha N/an) |
Sol enherbé |
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Drainage |
351 mm |
285 mm |
263 mm |
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Azote entrainée |
99 kg/ha/an N |
112 kg/ha/an N |
5 kg/ha/an N |
|
Qualité de l’eau
souterraine |
125 mg nitrates/l |
174 mg nitrates/l |
8 mg nitrates/l |
La composante
chimique de la fertilité d’un sol fait appel à la notion de
richesse et de biodisponibilité en éléments minéraux. En jouant
sur le taux de matière organique, l’enherbement accroît
sensiblement la taille du complexe argilo-humique (selon
plusieurs auteurs, un engazonnement produit 200 à 300 kg/ha/an
d’humus stable). Ainsi, plus d’éléments minéraux sont stockés et
redistribués par le sol à court terme (on dit alors qu’ils sont
échangés et cette propriété est caractérisée dans l’analyse de
terre par la Capacité d’Echanges en Cations – CEC Metson). Cette
évolution du taux de matière organique, accroît aussi le
potentiel bionutrionnel du sol, car en se minéralisant, elle
libère des éléments entrant dans sa constitution (P, N, Mg, S).

Figure 2 : Complexe argilo-humique et capacité d’échange en
cations
(Vignoble d’Alsace)
Si un sol enherbé est
globalement plus riche en éléments minéraux qu’un sol nu, il le
doit essentiellement à un moindre lessivage et à une meilleure
efficacité de la fertilisation, mais aussi à une « remontée »
des éléments minéraux localisés en profondeur, du fait de
l’activité des racines. Ainsi, au fur et à mesure du
vieillissement de l’enherbement, les horizons superficiels
s’enrichissent au détriment des horizons profonds.

Figure 3 : Comparaison de la teneur en potassium échangeable
d’un sol enherbé et désherbé
(Vignoble d’Alsace)
Cette localisation
superficielle de la fertilité ne va pas sans poser problème pour
l’alimentation de la vigne. En effet, l’enherbement fait plutôt
descendre les racines de la vigne, dont la densité dans
l’horizon de surface plus fertile, diminue. De la même manière,
le type de porte-greffe aura aussi son importance, les plus
plongeants (R110, 1103 Paulsen) étant plus pénalisés que les
traçants (SO4, 3309C).
La composante biologique
de la fertilité du sol peut être sommairement appréciée par la
taille et l’activité du compartiment microbien d’un sol. Pour
vivre et se développer, ces micro-organismes (champignons,
bactéries, algues,...) ont besoin d’eau, d’air et de nutriments.
En améliorant la structure du sol, la porosité et l’état
organique, l’enherbement créé un milieu propice à l’activité
biologique, plus particulièrement au printemps. Une augmentation
de l’activité microbienne à cette période permet au sol de
minéraliser la matière organique et ainsi participe au recyclage
des éléments minéraux qui deviennent disponibles pour la plante,
à un moment ou les besoins sont les plus importants.

Figure 4 : Comparaison de l’activité microbienne printanière et
automnale
(moyenne de trois ans - Vignoble d’Alsace)
En terme de fertilité,
l’exemple ci dessus montre que l’enherbement joue un rôle
d’amendement en améliorant le taux de matière organique
conjointement aux propriétés physiques du sol, mais aussi un
rôle d’engrais organique en augmentant la biomasse microbienne
(carbone microbien) ainsi que son activité (indice de biomasse)
En conclusion, un
enherbement maîtrisé (espèces et mode de conduite optimum)
améliore les caractéristiques physiques, chimiques et
biologiques du sol. Dans de telles conditions, le potentiel de
la parcelle en termes productif et qualitatif peut alors
s’exprimer. En revanche, son développement induit une
concurrence en terme de nutrition de la vigne d’autant plus
important, que le profil de fertilité évolue (remontée des
éléments minéraux et descente des racines de la vigne). Ainsi,
un enherbement bien maîtrisé sera une très bonne alternative au
maintien et à l’amélioration de la structure des sols, pour peu
que la fertilisation soit, elle aussi, adaptée aux contraintes
productives et qualitatives, et que le type de couvert végétal
(choix d’espèces ou de mélanges), la répartition spatiale
(partielle ou totale) et le mode de conduite (nombre de broyage,
destruction,…), soient en accord avec le potentiel de la
parcelle.
Lire le deuxième article :
CONSÉQUENCES DE L’ENHERBEMENT SUR LE CEP
Service expérimentation SADEF
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